Sunday, January 13, 2008

Averses du soir

Ces derniers jours, il a plu ici à Atlanta. Quand je suis allongée dans mon lit et ferme les yeux, je suis transportée six mois en arrière dans mon lit au Kenya pendant les averses du soir. C’était un de mes moments préférés de la journée. Ecouter la pluie sous mon filet anti-moustique m’apportait un sentiment de sécurité et de calme pendant les mois passés au Kenya. Cette semaine la pluie porte mes pensées vers un Kenya très différent de celui que j’ai connu; les averses ne m’apportent plus réconfort mais anxiété, anxiété pour les kényans. Ces quinze derniers jours, du pays le plus stable d’Afrique de l’Est, le Kenya est devenu la dernière victime de manifestations post-électorales et de batailles tribales.

Ma base au Kenya, Kisumu, a été le centre des pires violences dans l’histoire du Kenya depuis l’indépendance en 1963. Dans ces affrontements violents dus à des élections dont les résultats sont contestés s’opposent les deux groupes tribaux les plus importants. J’ai du mal à imaginer les kényans doux et accueillants que j’ai connus pris dans les histoires violentes dont j’entends parler. Hier j’ai reçu des photos d’une amie qui est encore à Kisumu, photos des restes carbonisés de boutiques où je faisais mes courses et de restaurants où j’ai mangé ; quelle tristesse !! En bordure de lac, la vie dans cette ville que je pensais si tranquille est complètement bouleversée. Bien sûr il y avait la masse des pauvres qui essayait de survivre jour à jour, se demandant pour quand était le prochain repas, mais peu se préoccupaient de sécurité et chacun savait que s’il avait un peu d’argent il pouvait facilement trouver de quoi manger à un prix correct. Ce n’est plus le cas ; il y a des pénuries de denrées de base et les prix ont augmenté de façon tragique depuis les émeutes. A Kisumu au moins 100 personnes ont été tuées et ailleurs au moins 500. Il ya plus de 200.000 personnes qui ont fui les émeutes et qui ont besoin d’assistance humanitaire. Les projets de santé sur lesquels j’ai travaillé cet été sont pour le moment suspendus pendant que les besoins de personnel et leur sécurité sont réévalués.

Autant que je sache ceux que j’ai connus sont sains et saufs. Cela ne veut pas dire qu’ils n’aient pas souffert eux aussi des violences. Aujourd’hui la situation est plus ou moins stable mais les problèmes sont loin d’être résolus. L’impact à long terme de la violence, des interruptions de services sanitaires, des dommages sur l’infrastructure et les conséquences humaines, économiques etc. ne pourront être complètement évaluées pendant des mois. Ayant fait des études et de sciences politiques et de santé, une fois de plus je vois comme tout au long de l’histoire comment politique et santé peuvent être liés quand les peuples essayent de prendre en main leur destinée et combien ils souffrent de la violence qui si souvent accompagne les mouvements démocratiques.

Ce soir nous attendons encore la pluie à Atlanta. Une fois de plus mes pensées voleront vers les habitants du Kenya alors qu’ils entament les longs efforts de reconstruction d’une démocratie et qu’ils essaient de guérir les plaies du tribalisme. Je peux seulement espérer que l’esprit de coopération s’emparera des leaders du pays dans les processus de paix pour un nouvel avenir.