Le contrôle des maladies est la pierre d’angle de la santé publique. C’est la capacité de dépister les maladies dans une population pour prévenir les épidémies et aussi, à une échelle plus modeste, pour informer le corps médical des tendances, saisonnières et autres, de l’étendue et de la diffusion de ces maladies pour permettre des traitements médicaux plus efficaces. Ce contrôle ou surveillance peut se faire dans les hôpitaux ou dans les dispensaires par un système de comptes-rendus sur l’état de la population qui fréquente l’hôpital. Cette méthode est plus intéressante pour des maladies relativement rares comme les cancers. Pour les maladies plus communes genre rhumes ou grippes étudier les banques de données d’un centre médical n’est pas aussi intéressant ; en effet, on ne se précipite pas à l’hôpital pour une grippe ou une diarrhée simple. En général ce sont des maladies de courtes durées pour lesquels les gens vont essayer des remèdes simples. Pour étudier ce genre de maladie et comment elles affectent une population, il faut vraiment faire du porte à porte et voir quels sont les divers symptômes rapportés par les gens eux-mêmes.
L’étude à laquelle je participe cet été au Kenya est une étude de ce type (en anglais « population-based disease surveillance study ») qui examine les maladies infectieuses communes dans une population rurale. On y étudie les symptômes ou groupes de symptômes indiquant une maladie infectieuse générale plutôt que des maladies spécifiques. Nous travaillons avec la population de la région d’Asembo, près de Kisumu, représentant environ 5000 foyers soit à peu près 25.000 personnes. L’équipe qui collecte les données passe dans chaque maison une fois tous les deux semaines pour demander si un membre de la maison a eu de la fièvre, des diarrhées, de la toux ou une jaunisse. Les symptômes ainsi que leurs durées sont classifiés et analysés et aident à comprendre la santé de cette population. Des informations complémentaires et plus spécifiques sont obtenues de l’hôpital local sur les individus qui y ont été hospitalisés.
Une poussée de fièvre pendant la saison des pluies comme en ce moment, est en général associée à la malaria. Il y a des gens qui après avoir souffert de quelques épisodes de fièvre malarique reconnaissent les symptômes et cherchent tout de suite un traitement approprié auprès de professionnels. Un test est recommandé pour être sûr; reconnaître la malaria la première fois qu’on croit en souffrir n’est pas vraiment possible. Ce week-end dernier, pendant une visite à un parc national pas très loin d’ici j’ai eu au milieu de la nuit une forte fièvre soudaine avec frissons alternés de grosses sueurs. C’est un signe classique de malaria et m’a fait vite comprendre ce qu’un vrai épisode de malaria peut être.
Au petit matin, dès que les routes furent suffisamment sèches pour circuler, mes amis m’ont ramenés le plus rapidement possible à Kisumu pour voir « mon équipe »d’experts : mon patron (médecine tropicale), sa femme (spécialiste de la malaria) la directrice du Center for Disease Control (CDC pour le quel je travaille) et quelques autres personnes du centre qui connaissent bien les maladies du coin. Je me sentais déjà mieux au milieu de cette équipe professionnelle et amicale. Après deux tests pour la malaria, tous deux négatifs (et faits dans les meilleurs labos du Kenya…), nous étions sûrs que ce n’était pas la malaria. Bonnes nouvelles pour moi surtout que je fais toujours très attention à bien prendre le médicament anti-malarique, à mettre des produits anti-moustiques et à porter pantalons longs et manches longues.
J’ai sans doute eu une infection virale quelconque comme celles que j’aurais pu avoir aux US, mais avoir ce genre d’expérience en Afrique fait plus peur car il y a tellement plus de maladies un peu effrayantes dans cette région. Je suis restée à la maison à me reposer ces trois jours et compte reprendre le travail avant la fin de la semaine.