Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice; ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux; il leur sera fait miséricorde.
Heureux ceux qui font œuvre de paix ; ils seront appelés fils de Dieu.
(Matthieu 5: 6, 7, 9)
Au cours de ces dernières semaines alors que je continue à voir le Kenya que j’ai connu s’enfoncer de plus en plus dans la haine, les disputes ethniques et la destruction, j’essaie de comprendre le pourquoi et le comment de tout cela et surtout où cela mène. En même temps cependant je vois et je peux voir et entendre le désir de justice que les kényans cherchent dans leurs vies. Je ne suis pas forcément d’accord avec leurs méthodes mais si on étudie leur histoire c’est sans doute la seule méthode qu’ils connaissent pour essayer de changer le pays. Je ne suis pas spécialiste de l’histoire du Kenya mais je sais que leur histoire est pleine d’actes violents qui ont mené à des changements de régime ainsi qu’à beaucoup de sang versé. A mon avis, les différents partis ont le même but, c'est-à-dire une meilleure vie ; en essayant désespérément d’obtenir cela, ils se blâment les uns les autres et ensuite se vengent les uns sur les autres. L’Histoire nous dit cependant que bien que ces réactions soient courantes elles n’ont jamais apporté la paix à un pays, une famille ou un être humain. C’est seulement dans les vraies œuvres de pardon et dans la volonté de se réconcilier qu’on peut trouver la paix.
Je trouve des signes d’espoir dans les petits efforts de paix dont j’ai entendu parler et dans ceux à plus grande échelle de Koffi Annan et d’autres. Cependant la fin des violences semble encore lointaine et seulement après tant de pertes inutiles de vie, de destruction de propriété personnelle et d’infrastructures. Le Kenya qui émergera de ce désastre aura pris un retard fou dans ses buts de développement surtout dans les domaines de la santé et de l’économie. Ces jours marquent le début d’une ère nouvelle pour le Kenya, pas seulement pour la cause officielle qui font que les Kenyans se font tuer dans les rues de Kisumu mais parce que le Kenya devient un pays que les gens auront peur de visiter, un pays qui était la tête de la puissance économique de l’Afrique de l’est et qui voit maintenant cette puissance et cette richesse transférées vers la Tanzanie, et un pays qui n’est plus le chéri de l’occident. A Kisumu, les projets de constructions de route, les détours et les tas de boue que nous avons connus l’été dernier et qui avaient pour but l’installation d’un système municipal de distribution d’eau ne servent plus à rien puisque les conduites d’eau ont été arrachées par les manifestants ; petit exemple des destructions inutiles qui sont monnaie courante ces dernières semaines. Des centaines de milliers d’êtres humains ont fui leur chez-eux, certains ne reviendront pas, d’autres reviendront et beaucoup d’entre eux ne retrouveront que des restes carbonisés et vandalisés.
Le personnel expatrié de l’organisation pour laquelle j’ai travaillé l’été dernier a été évacué de Kisumu. Ils sont en sécurité à Nairobi et essayent de continuer à travailler à distance. Pour l’instant les projets ont repris une partie de leurs activités. Les dispensaires manquent de personnel et de matériel mais offrent des services sanitaires plus que nécessaires aux populations locales. C’est dans cette reprise d’activité du personnel kenyan qui est resté sur place et qui, au milieu de la violence, continue son travail que je trouve de l’espoir.
Le Kenya n’est jamais loin dans mes pensées ces jours-ci. Chaque jour je passe plusieurs heures à travailler sur mon mémoire de fin d’études basé sur le travail que j’ai fait l’été dernier là-bas. J’étais heureuse de ce sujet de travail me disant qu’il avait le potentiel d’influencer des décisions politiques locales et de contribuer à un meilleur système de santé dans la région. Récemment, je me suis souvent demandé à quoi servait maintenant ce travail dans le contexte actuel du Kenya et mon enthousiasme a beaucoup baissé. Avant, ce projet me semblait avoir une réelle importance, maintenant il ressemble plutôt à un exercice académique futile sans utilité hors de l’enceinte de mon université. Pourtant je continue à espérer que peut-être un jour mon travail pourra quand même être utilisé dans un Kenya autre que celui d’aujourd’hui.
Sunday, February 10, 2008
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